Déborder Bolloré


Un recueil de textes, coédité par une cinquantaine d’éditeurices indépendant·es, à retrouver en librairies dès juin 2025 et sur deborderbollore.fr.

Dans le contexte de la campagne Désarmer Bolloré, et en emboîtant le pas au boycott appelé par les « libraires antifascistes », nous, éditeurices indépendant·es, coéditons collectivement ce livre pour prendre part depuis notre secteur à la réflexion générale sur le démantèlement de l’empire Bolloré.




Les contributions mettent en avant la pensée de chercheureuses, d’imprimeureuses, d’éditeurices et de libraires qui analysent et/ou subissent les dynamiques de concentration et d’extrême droitisation du marché. Chacun·e tente de formuler, depuis sa position respective, des réponses à cette question urgente : comment faire face au libéralisme autoritaire dans le monde du livre ?

En tant qu’éditeurices indépendant·es, nous sommes indirectement visé·es par le projet totalisant de Bolloré car nos structures sont des espaces qui permettent la fabrique de contre-récits et la circulation de voix minoritaires. Face à de grands groupes monopolistiques qui filtrent les récits, il nous faut lutter pour préserver ces espaces essentiels de résistance et qui — n’en déplaise aux prophètes du « grand remplacement » et aux croyants du « lobby LGBTQ+ » — se font rares.

La forme de ce recueil part du constat suivant : si, à lui seul, Vincent Bolloré se montre capable de mobiliser des moyens logistiques et médiatiques colossaux pour mener sa « guerre civilisationnelle », alors nous devons, de notre côté, mobiliser l’entièreté de notre réseau d’éditeurices, de diffuseurs, de libraires et de relais médiatiques pour y résister. Face à la concentration par les grands groupes, faisons jouer la multiplicité et la singularité caractéristique du monde du livre indépendant.

Bolloré, par l’intermédiaire ­d’Hachette, est un acteur majeur de la concentration capitalistique du milieu éditorial, mais il n’est pas le seul instigateur de cette dynamique. C’est la structure même du monde du livre qui permet à de grands groupes de s’accaparer 90 % du marché de l’édition. Ainsi avons-nous décidé de « déborder Bolloré », c’est-à-dire de dépasser la figure, certes exubérante du personnage, pour comprendre, dans un premier temps, les mécanismes avec lesquels il opère et comment, dans un second temps, les déjouer depuis nos positions d’acteurices de l’édition indépendante. Pour ce faire, nous avons réuni un ensemble de contributions provenant d’éditeurices, libraires, auteurices, organisateurices de foires, universitaires et militant·es, etc.


Communiqué de presse en PDF

Version paginée.

Version imposée en livret pour une impression sur A4, recto-verso, haut-bas.

Version imposée en livret pour une impression sur A3, recto-verso, haut-haut, avec coupe.


Dans la presse

« Une cinquantaine d'éditeurs mobilisés pour un livre : Déborder Bolloré », Actualitté, le 24 février 2025 par Nicolas Gary

« Avec le recueil “Déborder Bolloré”, des éditeurs indépendants espèrent “démanteler” l’empire du milliardaire », 20 minutes, le 26 février 2025 par Olivier Mimran

« Bolloré, Fayard : la riposte du monde du livre », Le club de Mediapart, le 6 mars 2025 par Les dossiers de l'édition


Co-signer le livre, c'est le coéditer.

Co-signer ce livre à plusieurs structures éditoriales et faire jouer les réseaux qui nous lient, c’est continuer un pari politique : la dispersion et la multiplication contre la concentration.

Co-signer ce livre et en devenir l’un·e de ses coéditeurices, c’est soutenir le projet.

Par « soutien » nous entendons :

L’ajout du recueil dans nos catalogues respectifs.

Son accessibilité sur nos points de vente (boutique en ligne, salon, etc.).

Sa communication commune (réseaux sociaux, catalogues, infolettres, etc.).

Son soutien financier (à hauteur de nos moyens respectifs) et public en cas de procédure judiciaire lancée à notre encontre.

Pour être signataire, il faut être une structure :

Indépendante et dont le fonctionnement ainsi que le catalogue sont en accord avec les contenus publiés dans le recueil.

Éditant des contenus. C’est important à nos yeux, car nous souhaitons que cet acte de co-signature soit fait depuis nos positions d’éditeurices. La signature de ce recueil est un acte d’édition à part entière.

Pour être signataire, il faut s’engager à :

Acheter au moins dix exemplaires de l’ouvrage lors de sa sortie. Les exemplaires seront disponibles à prix coûtant (maximum 4-5 euros). Cela nous permet en amont d’estimer le tirage au plus précis, mais aussi de soulager la facture d’impression de la structure qui fait l’avance des frais de fabrication.

Veiller collectivement à ce que la mention « coédition collective » soit précisée (et non pas le nom d’une des structures signataires) dans les médias, réseaux, publications et partout où le recueil est cité.

Équilibrer les prises de parole publiques sur le projet, afin que l’entité collective prime.

Se tenir au courant des avancées et suites du projet, ainsi que des ventes, rentrées d’argent, bénéfices, etc.

Sur deborderbollore.fr/compta seront tenues à jour les dépenses et rentrées d’argent liées au projet.

Être signataire, ce n’est pas :

Prendre en charge le travail éditorial du recueil. Une vingtaine de personnes travaille en ce moment à la finalisation du livre et de la plateforme de publication multiformat pour mai 2025. Il n’est dès lors pas requis que l’ensemble des signataires s’investissent dans le travail éditorial. Vous pouvez néanmoins rejoindre à tout moment l’équipe éditoriale. Nous nous sommes organisée·es en sous-comités (édition, mise en forme, relecture, communication, etc.) dans lesquels chacun·e s’est affilié·e en fonction de ses sensibilités et préférences.

Payer l’impression du recueil. La facture d’impression et autres dépenses liées au projet sont avancées par l’une des structures signataires.

Attribuer un ISBN. Pour des raisons pratiques et administratives, une des structures a conféré un ISBN au recueil. Celle-ci va porter légalement le recueil, mais disparaît publiquement derrière l’entité collective que composent les signataires du projet.


La liste des signataires :

  1. Matière Grasse
  2. RAG Éditions
  3. éditions sociales
  4. éditions La Dispute
  5. Association Presse Offset
  6. Hématomes éditions
  7. *éditionsMagiCité
  8. éditions Burn~Août
  9. éditions Divergences
  10. éditions Rotolux Press
  11. éditions Excès
  12. éditions Même pas l’hiver
  13. éditions Les Prouesses
  14. éditions Winioux
  15. Cosmic Studios
  16. revue AFRIKADAAA
  17. maison trouble
  18. Idoine édition
  19. éditions Adverse
  20. En 3000 éditions
  21. éditions Goater
  22. éditions Agone
  23. éditions fier·es
  24. éditions de la Grange Batelière
  25. édition Multimédi@
  26. éditions du commun
  27. éditions les vilains
  28. éditions Evalou
  29. éditions Le Sabot
  30. éditions Syllepse
  31. éditions Lorelei
  32. éditions terres de Feu.
  33. éditions Selma & Salem
  34. éditions Copie Gauche
  35. éditions Yovana
  36. Les éditions du bout de la ville
  37. éditions Les mots qui portent
  38. éditions La Volte
  39. Les éditions de la rue de l’ouest
  40. éditions Le Calicot
  41. éditions Daronnes
  42. éditions Zoème
  43. Hélice Hélas
  44. Éditions Véliplanchistes
  45. Éditions de la rue Dorion
  46. Massot éditions/Blast, le Souffle de l’info


Pour rejoindre les signataires, envoyez-nous un mail : contact@deborderbollore.fr


Les contributions :

La chaîne du livre : co-dépendances et aliénations systémiques

À travers ce texte, qui reprend et précise des analyses et des positions déjà exprimées dans Éditer (modestement) dans la tourmente (éd. Adverse, 2020) et « Par la bande, dessiner la marge » (Incise, nº 8, éd. Théâtre de Gennevilliers), Alexandre Balcaen, éditeur chez Adverse, et Jérôme LeGlatin, auteur et traducteur chez le même éditeur, explorent l’écosystème de l’édition, dans lequel l’élaboration du livre, sa production et sa diffusion s’articulent selon l’idée d’une chaîne constituée de divers corps de métiers : auteurices, éditeurices, imprimeureuses, diffuseurs, distributeurs, libraires. Ils mettent ainsi en lumière les régimes d’interdépendances structurels du secteur, ainsi que les leviers sous-terrains qui permettent l’expression de rapports de force disproportionnés, la diversité peinant plus que jamais à se maintenir, entre accélération des flux et quête de rentabilité.

Hachette, un empire vieux de deux siècles

Dans son analyse, Jean-Yveês Mollier retrace les deux siècles d’existence du groupe Hachette, qui est aujourd’hui le leader de l’édition en France, affichant un chiffre d’affaires de 2,8 milliards d’euros et une forte présence internationale. L’acquisition du groupe par Vincent Bolloré en 2022 a amplifié les enjeux de concentration dans le secteur de l’édition, Bolloré cherchant à ­aligner son empire médiatique sur des idéologies conservatrices. À travers cette contribution, Mollier nous alerte que le passage d’« Hachette sous la houlette de ­Bolloré représente une rupture avec la diversité et l’ouverture qui caractérisaient autrefois l’édition française. »

L'empire Bolloré s’étend à l’édition, la construction d’un leader mondial de la culture

Dans ce texte, Valentine Robert Gilabert retrace la chronologie des acquisitions majeures du groupe Bolloré, révélant les étapes de son expansion structurelle et logistique. Elle met en lumière le rôle central de Vivendi, présenté comme leader mondial des médias, et explore l’intérêt croissant de Bolloré pour l’édition, secteur clé pour influencer les récits culturels et politiques. Ce parcours éclaire les liens entre acquisitions et stratégie globale d’influence.

L'Afrique, laboratoire de Bolloré

Dans ce texte, Antoine Pecqueur explore l’emprise de Vincent Bolloré en Afrique, au-delà des infrastructures logistiques auxquelles son nom a longtemps été associé. Après la vente de ses ports et chemins de fer en 2022, l’homme d’affaires breton a renforcé son influence médiatique et culturelle : salles de concert, cinémas, partenariats universitaires, signature d’artistes. Avec Canal+, premier opérateur de télévision payante en Afrique francophone, il façonne un paysage médiatique stratégique qui lui permet d’affirmer son hégémonie culturelle. Mais face à cette domination, les résistances s’organisent. La montée du sentiment anti-français en Afrique subsaharienne s’exprime aussi comme un rejet de cette mainmise sur les récits et les imaginaires.

L'arbre qui dévoile la forêt

Dans ce texte, Thierry Discepolo, fondateur des éditions Agone, explore la place du groupe Hachette au cœur de l’édition française dominée par une poignée de grands groupes. Il met en lumière l’alliance entre grand capital et idéologies d’extrême droite, tout en soulignant l’inaction des acteurs et actrices du livre face à une concentration éditoriale qui fragilise la diversité culturelle. L’auteur détaille les dynamiques de pouvoir, dévoilant un paysage marqué par des intérêts politiques, économiques et financiers inquiétants. Un appel à la vigilance et à l’action pour préserver les moyens indispensables aux batailles culturelles.

Lesbienne à la page, hybrider les genres dans l'édition indépendante

Depuis sa pratique de l’édition (RAG, EAAPES), de l’écriture (Les Aventures de Maboule, 2024 ; Le Parking, étage 63, 2017 ; MNRVWX, 2016) et de la traduction, Clara Pacotte aborde la question des voies creusées par les éditeurices indépendant·es afin d’hybrider les genres et rendre compte de la pluralité des cultures qui vivent au sein de celleux qui écrivent ; comment d’un usage particulier de la ponctuation et de l’écriture inclusive, les récits et les émotions se voient multipliées, densifiées, pluralisées. Entre outillage situé et résistance précise à un langage écrit hégémonique d’abord inventé pour le commerce, elle propose un espoir de langage malléable anti-réactionnaire.

Éditer des paroles infâmes et faire vivre des lieux bâtards

Que signifie « déborder Bolloré » à l’échelle d’une maison d’édition minuscule ? Pour les éditeurices des Éditions du bout de la ville, c’est tenter de « désembourgeoiser » le livre en publiant celleux dont l’existence même s’oppose au projet politique et économique du bloc bourgeois dans sa dérive fasciste. Dans ce texte, ielles décrivent comment ielles nourrissent la critique sociale et imaginaire à partir d’expériences concrètes et situées d’individu·es. Ielles nous alertent aussi sur l’importance de réinventer des lieux d’éducation populaire afin de faire face aux « librairies » que rêve d’essaimer Pierre-Édouard Stérin, activiste milliardaire d’extrême droite, dans le cadre de sa « bataille culturelle ».

Entretien avec Pascale Obolo, propos recueillis par Zoé Monti

Dans cet entretien, Pascale Obolo revient sur les obstacles à la diffusion des voix diasporiques en France et des récits minoritaires en Afrique. Ensemble, elles analysent l’impact de la concentration éditoriale et du contrôle des réseaux de distribution par des groupes comme Bolloré, qui filtrent les récits et limitent la diversité des voix. Pascale Obolo met en lumière le rôle crucial des foires indépendantes, véritables espaces de résistance où se fabriquent et se diffusent les contre-récits.

Depuis une position de libraire engagée, joies et limites

Dans ce texte, Soazic Courbet, de L’Affranchie librairie à Lille, s’interroge sur ce que signifie être une librairie engagée au regard des systèmes de domination dans les milieux du livre. Elle souligne ainsi l’importance d’une réflexion collective sur les dynamiques qui nous lient et invite à penser l’édition en féministes comme une résistance aux idéologies dominantes patriarcales, capitalistes et fascistes : avancer individuellement, c’est bien, mais s’affranchir collectivement, c’est encore mieux.

Au-delà de Bolloré : ce qu'Hachette révèle de la condition de salarié·e en librairie

Depuis quelques mois, un groupe de libraires salarié·es échange sur les réalités du métier et les résistances possibles à Bolloré et son monde. Entre cartons Hachette, flux tendus, surproduction et contradictions quotidiennes, ielles questionnent leur rôle et leurs marges de manœuvre dans un secteur structuré par des logiques de rentabilité. Ce texte, à la fois sérieux et piquant, plonge dans le quotidien de ces libraires, entre injonctions commerciales et tentatives de préserver une certaine exigence éditoriale.

L'odeur de l'encre, l'imprimerie : mirage des techniques, réalité des concentrations

L’imprimerie de labeur — celle qui concerne l’impression de livres ou de brochures — longtemps associée à l’imaginaire de l’ouvrier typographe et des caractères au plomb, subit de profondes mutations sociales et techniques depuis la fin du XXe. L’essor de l’informatique de bureau, le développement des techniques d’impression favorisant les courts tirages et surtout la concentration éditoriale ont fragilisé ce ­secteur, exacerbé par de grands groupes, dont l’hégémonie accentue le rapport de force entre éditeurs et imprimeurs. Dans ce texte, Arnaud ­Frossard, des éditions de la Grange ­Batelière et libraire au Merle moqueur, interroge ces mutations et, à travers témoignages et analyses, propose de repenser les solidarités en écho aux résistances déjà observées entre librairies et éditeurs.

Titre en cours d'écriture

Dans ce texte, Tristan Garcia et Charles Sarraute alertent sur l’impact croissant des manuels scolaires dans la formation des enseignant·es, dans un contexte où le recrutement devient de plus en plus difficile et les formations de plus en plus courtes. Il souligne le risque d’une dépendance accrue aux manuels, perçus à tort comme des reflets parfaits des programmes. Avec Bolloré à la tête de la majorité des éditeurs de manuels, Garcia pointe la menace d’une instrumentalisation idéologique : une réécriture des contenus scolaires pour diffuser des récits nationaux, coloniaux et conservateurs en remodelant les enseignements.

L'odeur de l'encre, l'imprimerie : mirage des techniques, réalité des concentrations

À travers l’évolution de l’édition féministe, Clara Laspalas et Danièle Kergoat illustrent comment des collections comme « Le Genre du Monde » s’ancrent dans les luttes sociales. Elles offrent des outils critiques et émancipateurs, mêlant travaux académiques et engagements militants. Face à des groupes tels que Bolloré, l’édition féministe joue un rôle crucial dans la dénonciation des systèmes d’oppression, la préservation de la diversité des voix et la promotion de pratiques éthiques. Elles insistent sur l’importance d’un universalisme critique, nécessaire pour une émancipation collective qui prenne en compte les spécificités des différentes luttes sociales.

Entretien avec Karine Solene Espineira, propos recueillis par Zoé Monti

Coopérer ou crever : est-ce si difficile de choisir ? Penser le monde d’après, porter la diversité, sourire à la vie

En combinant leurs voix, une éditrice chevronnée et l’un de ses auteurs partagent une vision joyeuse et combative en faveur de la bibliodiversité. Véronique Thabuis a créé Les Mots qui portent avec la volonté de s’engager en faveur de la transition écologique et sociale, qu’il s’agisse de politique éditoriale ou de process professionnels écoresponsables. Laurent Fayeulle explique pour sa part comment il a été amené à écrire, sur le tard, un premier roman qui entre en résonance avec les mécaniques résilientes et les luttes militantes (altermondialisme, antifa, empowerment, urgence climatique). Leur rencontre repose sur un alignement de valeurs qui fait sens. Sans complaisance ni tabou, leur expérience partagée abonde en faveur de solutions basées sur la coopération et le rejet de l’esprit de compétition. Leur parti pris d’une attitude à la fois lucide et souriante face au chaos ambiant illustre bien leur état d’esprit : on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

Le démantèlement

En 2024, une coalition de collectifs, syndicats, groupes et partis lance un appel à rejoindre la campagne Désarmons Bolloré, celui-ci étant perçu par ces militant·es comme l’une des causes de la montée de l’extrême droite en France. Ce texte, rédigé par Les Soulèvements de la Terre, reviendra sur l’influence déterminante de Vincent Bolloré dans la sphère politique et médiatique, détaillant comment son arsenal logistique, éditorial et médiatique alimente la « guerre civilisationnelle » qu’il se targue de mener. Y seront dressées des stratégies concrètes de résistance collective pour contrer son emprise croissante sur la culture, l’information et le débat public.

Les planches de Bakonet Jackonet